
Les Vertes Collines d’Afrique. Paris, 1937. Relié par Rose Adler pour André Rodocanachi. Édition originale française. Un des 55 exemplaires de tête sur Alfa.
Estimate
2,000 - 3,000 EUR
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Description
Hemingway, Ernest
Les Vertes Collines d’Afrique. Traduit de l’anglais par Jeanine Delpech.
Paris, Gallimard, 1937.
In-12 (184 x 115 mm). Demi-veau framboise et large bande de vélin ivoire, au centre, les initiales "A R" mosaïquées de box ivoire et noir et soulignées d’un listel doré, dos lisse, tête dorée, couverture et dos (Rose Adler, 1948).
L’élégance et la sobriété de Rose Adler.
De la bibliothèque André Rodocanachi.
Édition originale de la traduction française.
Un des 55 exemplaires de tête sur Alfa Navarre (n° 7).
Rose Adler réalisa plusieurs reliures de ce type pour André Rodocanachi, alors président de la toute jeune Société de la Reliure Originale créée en 1946 et dont faisait partie la relieuse.
Elles étaient "destinées à habiller de 'petits livres' en série, des éditions originales de traductions françaises de romans américains, de manière uniforme. Dans le mariage des matières et des couleurs très douces réside tout le charme de ces ouvrages dont la discrétion résulte d’un métier parfait" (librairie Jean-Claude Vrain, Reliures de femmes de 1900 à nos jours, 1995, n° 3 à 8).
Cette reliure a figuré à l’exposition Cent demi-reliures décorées à la librairie Georges Heilbrun, en 1950.
Alice Caillé, dans la thèse qu’elle a consacrée à Rose Adler, a répertorié plusieurs autres reliures du même modèle réalisées la même année pour André Rodochanachi :
Dans sa réflexion sur "Comment faire bien sans faire cher ?" qui le mènera notamment aux reliures en Révorim, Jean de Gonet a expliqué l'influence qu'ont eue sur lui ces demi-reliures quand il les a découvertes lors de l'exposition organisée par Georges Heilbrun en 1950 : "La reliure de Rose Adler [...] a pris le mot demi au pied de la lettre : en coupant le milieu du plat physiquement avec, côté dos, la peau, et le parchemin côté gouttière, elle affirme dans le même temps le contraste entre le bleu vif de cette peau et le coquille d'œuf du parchemin. Elle pose ensuite, au centre du plat, les deux initiales du possesseur à cheval sur ces deux matrices, tel un lien, et poursuit ce lien jusqu'au dos par le titre aligné sur les initiales, le tout appuyé de larges filets dorés aussi nus que catégoriques. Rigueur, intransigeance et goût, cette reliure s'impose comme une véritable leçon de graphisme. Elle démontre surtout qu'une reliure simple, qui ne s'étale pas, qui fait l'économie des moyens habituels, peut être parfaite." (J. de Gonet, p. [4]).
Nous remercions Alice Caillé pour les informations qu'elle a bien voulu nous donner sur cette reliure.
Pour des reliures de Rose Adler, voir aussi lots 1 et 129.
André Rodocanachi (monogramme).
Cent demi-reliures décorées, librairie Georges Heilbrun, 1950 (étiquette).
A. Caillé, Au seuil du livre : les reliures de Rose Adler (1922-1959), Thèse de doctorat, 2014, en ligne : Au seuil du livre : les reliures de Rose Adler (1922-1959) - École nationale des chartes.
J. de Gonet, Une belle reliure parisienne et ses clônes, 19 volumes reliés par Jean de Gonet, Chez l'Auteur, 2009.
Rose Adler (1890- 1959) entra en 1917 à l’UCAD (Union Centrale des Arts Décoratifs) et eut Noulhac comme professeur de dorure. Elle exposa pour la première fois en février-mars 1923 au Pavillon de Marsan à Paris puis en mai-juin au Salon des Artistes Décorateurs au Grand Palais. Elle fut alors remarquée par Jacques Doucet qui lui présenta Pierre Legrain. Commença alors entre eux une étroite collaboration. En 1934, elle devint membre de l’UAM (Union des Artistes Modernes) et très vite sut imposer une nouvelle idée de la reliure, utilisant des peaux souples qu’elle colore et jouant avec les titres des ouvrages : "Autrefois la reliure était sourde, ignorante de ce qu’elle contenait. Comme un troupeau, les livres portaient souvent la marque de leur maître et exaltaient surtout, avec leurs belles armes, la grande maison à laquelle ils appartenaient […] Le relieur moderne est vraiment moderne en ceci : il est au service du texte. Il veut l’entendre, le faire entendre. Il l’épouse, il l’exalte. Pourtant il se refuse à la description, car toute description serait une illustration…", écrit-elle en 1929 dans L'Art International d'aujourd'hui.
Les plus grands collectionneurs firent appel à son art : Jacques Doucet, Jacques André, David David-Weill, Louise Solvay pour n’en citer que quelques-uns. Elle marqua son siècle et est reconnue aujourd’hui parmi les plus grands relieurs de son époque. Rose Adler "grâce à la souplesse et à l'élégance extrême de ses compositions, propose tout autre chose que Pierre Legrain que pourtant elle admire. Le sens de la mélodie qui marque son invention permanente ainsi que son goût profond de la littérature constituent un apport sans prix à l'art de la reliure" (Yves Peyré in Art Deco Bookbindings : The Work of Pierre Legrain and Rose Adler, New York, 2004).