
Le Minotaure. 1950. Sobre reliure en box de Martin. Rare édition originale, exemplaire de tête sur Chine. Avec de quatre lettres autographes.
Estimate
5,000 - 7,000 EUR
We may charge or debit your saved payment method subject to the terms set out in our Conditions of Business for Buyers.
Read more.Lot Details
Description
Camus, Albert
Le Minotaure ou la Halte d’Oran.
[Paris], Charlot, 1950.
In-4 (250 x 160 mm). Box chocolat, fenêtre en creux de box mastic longeant la gouttière du premier plat et portant le titre de l'ouvrage poussé à l'oeser bleu irisé, le champs de cette fenêtre en creux peints de diverses couleurs vives, dos lisse avec longue étiquette de titre de box mastic avec titre à l'oeser bleu irisé, doublure et gardes de box mastic bord à bord, tranches dorées sur témoins, couverture et dos, chemise et étui (Pierre-Lucien Martin, 1965).
Rarissime exemplaire de tête sur Chine finement relié par Pierre-Lucien Martin.
Avec une correspondance de Camus à ou concernant son premier éditeur.
Édition originale.
Un des 15 exemplaires de tête sur Chine (n° 9).
Cet essai sur Oran, publié chez son ami Edmond Charlot, l'année où l'Algérois quitta cette maison d'édition, appartient au cycle des textes méditerranéens : Petit guide des villes sans passé, Les Amandiers, L'Exil d'Hélène et Retour à Tipasa.
Le Minotaure, influencé par le Santa-Cruz de Jean Grenier, connut deux périodes d'écriture. Commencé en 1939, ce texte fut repris deux ans plus tard, pour paraître en février 1946 dans L'Arche, revue animée par Jean Amrouche.
[On joint :]
CAMUS, Albert. 4 lettres autographes signées, montées sur onglet en tête de l'ouvrage, dont une lettre relative à sa brouille avec Charlot :
- Lettre à son éditeur Edmond Charlot ([Oran], lundi 21 [fin 1941], 1 p. in-4).
Camus y évoque ses conditions de vie à Oran pendant la guerre : "Mon cher Charlot, Je pensais partir aujourd'hui pour Alger mais la chose est impossible : je n'aurais pas assez d'argent […] j'y allais surtout pour me changer les idées. Mais aujourd'hui je suppose que se changer les idées est considéré comme un luxe." Plus loin: "Manette qui vient d’arriver me dit que vous viendrez bientôt à Oran. Je pourrais ainsi vous voir. N’oubliez pas en tout cas que vous pouvez prendre pension chez moi tout le temps que vous voudrez." Et encore: "Je n’avais rien de précis à vous dire sinon 1) que j’ai reçu vos manuscrits et que j’en ai commencé la lecture 2) que le Romancero est la meilleure édition que vous ayez jamais faite et qu’il convient de garder la couverture pour toute la collection : elle est parfaite 3) que l’histoire de Frison-Roche me paraît relever d’un optimisme excessif. Il y a entre la Dépêche algérienne et moi des incompatibilités qui me paraissent difficiles à résoudre."
- 2 lettres à Gabriel Audisio, collaborateur des Éditions Charlot et écrivain travaillant à l'Office du tourisme algérien à Paris (s.l, 10 janvier et 10 février [1950], 2 p. in-8 et 1 p. in-4).
"Pardonnez-moi ce mot griffonné dans mon lit, je vous renvoie les placards corrigés. Voulez-vous noter que tous les intertitres manquent. On les trouvera dans l’original ou dans le numéro de l’Arche où a paru le Minotaure [...] Voulez-vous dire aussi à Amrouche que je suis pressé d’en finir avec cette histoire. Ma santé m’oblige à simplifier ma vie et je voudrais me séparer et débarrasser de tout un arriéré. Le plus tôt sera donc le mieux. Je vous signale d’ailleurs que le livre devait paraître avant le 1er janvier 1950 […]. Je vous remercie de votre lettre et de vos souhaits. Je forme les vœux les plus sincères pour vous et les vôtres – me réjouissant de la direction de l’édition […]. Je vous remercie encore de votre fidèle sympathie. Vous ne doutez pas de la mienne, n’est-ce pas."
Puis, le 10 février suivant : "Voilà, rien à signaler, je crois, sauf qu'on avait oublié une note que j'ai rétablie de mémoire. Je me fais confiance pour le reste, pages de garde et justification."
- Brouillon autographe d'une lettre à Jean [Amrouche], directeur littéraire des Éditions Charlot ([vers 1950], 1 p. in-8, papier à en-tête Nrf, nombreuses ratures et corrections).
Cette lettre évoque la brouille financière entre Camus et Amrouche et les tractations avant que Camus ne récupère ses droits et publie Noces chez Gallimard, marquant ainsi la rupture entre les deux époques de sa vie littéraire, l'algéroise et la parisienne.
"Voici pour une fois une lettre d’affaires qui mettra au clair mes rapports avec la vôtre maison d’édition. J’ai réfléchi à notre conversation et j’ai décidé que je ne pouvais et voici ce que j’ai décidé. Ma demande de quitter impérativement la maison reste entière. Mais je reconnais que je n’ai pas le droit de vous infliger une perte financière supplémentaire en refusant de laisser sortir ce que vous avez sous presse. J’accepte donc que vous mettiez en vente la réimpression de Noces et l’édition à tirage limité du Minotaure. J’y mets seulement deux conditions: 1) Je reprendrai dans six mois c’est-à-dire au premier janvier 1949 mes droits sur Noces les droits que je vous avais cédés sur Noces et le Minotaure. 2) Mon compte d’auteur devra être arrêté immédiatement à ce jour et augmenté de la totalité des droits sur la réimpression de Noces et sur l’édition du Minotaure. Ceci ne pourra être calculé qu’à partir du moment où vous aurez arrêté vos prix de vente. Mais le règlement de tout compte me sera fait avant la sortie. Pour Noces le calcul est facile. Pour le Minotaure l’édition prévoyait 500 exemplaires avec 50 % […]. J’accepte que vous reteniez mille et je propose pour ne pas changer d’un autre de circonstances qui m’étaient favorables au moment de la signature du contrat, que mes droits soient calculés sur le même pourcentage que pour Noces, c’est-à-dire 15% du prix de vente."
Issu d'une famille kabyle, établie à Tunis alors sous protectorat francais, Mouhoub-Jean Amrouche (1906-1962) poursuivit une brillante carrière littéraire et radiophonique, d'abord à Alger puis à Paris, fondant notamment la revue L'Arche à la veille de la Libération, et inventa un nouveau genre radiophonique avec une série de grands Entretiens qu'il mena notamment avec Giono, Mauriac, Claudel et André Gide.
Sur la brouille entre Camus et Amrouche, voir O. Todd, Albert Camus, une vie, Gallimard, 1996, p. 512).
Pierre Leroy (Sotheby’s Paris, 26 juin 2002, n° 97).
O. Todd, Albert Camus, une vie, Paris, 1996, p. 512.