
Property from an Important Dutch Private Collection
Study to Homage to the Square: "Allegro"
Estimate
300,000 - 500,000 EUR
Lot Details
Description
Property from an Important Dutch Private Collection
Josef Albers
1888 - 1976
Study to Homage to the Square: "Allegro"
bears the artist's monogram and dated 59 (lower right); signed, dated, 1959, titled and inscribed (on the reverse)
oil on Masonite
76,2 x 76,2 cm ; 30 x 30 in.
Executed in 1959.
This work will be included in the forthcoming Catalogue Raisonné of Josef Albers being prepared by the Josef and Anni Albers Foundation, and is registered under JAAF 1959.1.38.
Sidney Janis Gallery, New York
Ulrich J. Franzen, New York
Galerie Christel, Stockholm
Collection Branco Weiss, Uitikon-Zürich
Sotheby's London, 19 June 2013, Lot 27
Galerie von Vertes, Zürich
Private collection, Netherlands (acquired from the above)
New York, Sidney Janis Gallery, Albers: Homage to the Square, 30 November – 26 December 1959
New York, David Herbert Gallery, Modern Classicism, 8 – 27 February 1960, no. 1 illustrated
Williamstown, Lawrence Art Museum, Williams College, An Exhibition of Works of Art Lent by the Alumni of Williams College, 5 May – 16 June 1962, no. 6
Stockholm, Galerie Christel, Albers: A Collection of Paintings, January – February 1980
Josef Albers, Study to Homage to the Square: Allegro (1959), est une œuvre rare et importante issue de la célèbre série Homage to the Square. Réalisée à un moment charnière de son exploration de la couleur, elle appartient à un groupe restreint de soixante-quinze peintures dans lesquelles Albers s’écarte de son format compositionnel habituel, utilisant des variations subtiles pour intensifier la complexité perceptive et spatiale de l’œuvre. Au sein d’une série qui compte au total près de 2 200 peintures, ces exemples exceptionnels soulignent combien Albers concevait le Homage non comme une formule fixe, mais comme un instrument d’investigation visuelle en constante évolution.
La composition est définie par une séquence de carrés superposés, rendus dans des tonalités vibrantes, un orange éclatant et un ocre chaud et terreux, inscrits dans des bandes de gris bicolores. Ces gris, dont l’échelle et la disposition varient subtilement, encadrent et perturbent à la fois les champs chromatiques centraux. Le décalage volontaire du carré ocre, positionné légèrement en dessous de l’axe médian, active le champ pictural : il semble avancer vers le spectateur, tandis que les teintes environnantes alternent entre retrait et projection. Il en résulte un jeu dynamique d’avancée et de recul qui anime la surface. Le regard est attiré vers le centre lumineux, tout en étant simultanément redirigé vers le haut, produisant une oscillation subtile entre stabilité et mouvement.
Ces effets illustrent le concept de « colour acting » développé par Albers, selon lequel les couleurs interagissent pour générer des phénomènes optiques et psychologiques qui dépassent leur simple matérialité. Comme il l’observe dans Interaction of Color, « la couleur, en tant que médium le plus relatif en art, possède d’innombrables visages ou apparences. Les étudier dans leurs interactions respectives… enrichira notre “vision”, notre monde — et nous-mêmes. » (Josef Albers, Interaction of Color, 1963, p. x) Dans Allegro, la couleur n’est pas simplement descriptive, mais performative, structurant la perception par le jeu des relations chromatiques.
« La couleur, en tant que médium le plus relatif en art, possède d’innombrables visages ou apparences. Les étudier dans leurs interactions respectives… enrichira notre “vision”, notre monde — et nous-mêmes. » (Josef Albers, cité dans Josef Albers Interaction of Color, 1963, p. x)
Le sens du rythme inhérent à ces interactions se reflète dans le titre Allegro, qui évoque un tempo vif et mesuré. Lors de sa présentation au Lawrence Art Museum en 1962, la peinture fut décrite comme « une variation joyeuse sur le thème favori de l’artiste. Une perfection mécanisée comme image moderne de la quête éternelle de l’ordre par l’homme. » (An Exhibition of Works of Art Lent by the Alumni of Williams College, Lawrence Art Museum,5 mai–16 juin 1962, catalogue d’exposition). L’analogie musicale est particulièrement pertinente : à l’instar d’une composition, la peinture se déploie par répétition, modulation et variation, conciliant rigueur structurelle et dynamisme visuel.
La technique d’Albers est essentielle à la production de ces effets. Travaillant sur isorel posée à plat, il appliquait la peinture à l’huile non mélangée directement sortie du tube à l’aide d’un couteau, éliminant toute trace de pinceau et supprimant le geste expressif. Cette méthode lui permettait d’isoler avec une grande clarté les relations chromatiques. Chaque œuvre était soigneusement construite, souvent du centre vers l’extérieur, afin de préserver l’intégrité de chaque plan coloré. Comme il le remarquait, « Voir plusieurs de ces peintures côte à côte rend évident que chaque peinture est une instrumentation en soi… de palettes différentes, et donc… de climats différents. » (Josef Albers, cité dans Josef Albers, The Mayor Gallery, Londres, 1989, p. 31) Dans Allegro, ce « climat » est celui de la chaleur et de la luminosité, où la couleur semble se transformer continuellement en fonction des teintes adjacentes.
Les fondements intellectuels de cette approche trouvent leur origine dans l’expérience formatrice d’Albers au Bauhaus, où il étudia auprès de Johannes Itten et s’engagea profondément dans l’étude de la théorie des couleurs. Influencé en partie par Johann Wolfgang von Goethe et sa Theory of Colours, Albers en vint à concevoir la couleur comme fondamentalement subjective et instable. Comme il le souligne, « Si l’on dit “rouge”… on peut s’attendre à ce qu’il y ait cinquante rouges différents dans leur esprit… et tous ces rouges seront très différents. » (Josef Albers, Interaction of Color, 1963, p. 3) Cette primauté de la perception sur toute signification fixe devint centrale tant dans sa pratique artistique que dans son enseignement.
Peinte en 1959, Study to Homage to the Square: Allegro s’inscrit dans ce contexte intellectuel et historique plus large. Après la fermeture du Bauhaus par le régime nazi, Albers émigra aux États-Unis, où il joua un rôle déterminant dans la transmission des principes du modernisme européen à un nouveau paysage culturel. Par son enseignement au Black Mountain College et à Yale University, il influença profondément une génération d’artistes, parmi lesquels Frank Stella et Robert Rauschenberg, qui prolongèrent ses recherches sur la perception, la structure et la matérialité.
À la fois variation rare au sein de la série Homage to the Square et expression aboutie des préoccupations centrales d’Albers, Allegro démontre la vitalité continue d’un format volontairement restreint. Par des ajustements précis et une orchestration magistrale de la couleur, la peinture invite à une expérience active de la perception, affirmant la conviction d’Albers selon laquelle l’art n’est pas simplement un objet, mais une expérience qui se déploie dans l’œil et l’esprit du spectateur.